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Au coeur du coeur d'un autre pays
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Au coeur du coeur d'un autre pays
Etel Adnan
Dans cet ouvrage percutant aux accents autobiographiques, Etel Adnan explore les notions d’identité, d’histoire, de départs et de guerre dans une perspective à la fois arabe et américaine. « Contrairement à ce que l’on croit habituellement, ce ne sont pas des idées générales et un formidable déploiement d’événements importants qui imprègnent les esprits dans ces temps de bouleversement historique de grande ampleur, mais plutôt le flot ininterrompu d’expériences, de troubles minuscules, de petites extases, ou de découragements à peine perceptibles de la vie triviale du quotidien. »
Ce qu'ils en pensent :
"For years, Etal Adnan has been writing a quiet lyric prose that is also insistently political. In the Heart of the Heart of Another Country returns to the explorations of the history of war and the female body that made Sitt Marie Rose– her novel of the Lebanese civil war– a classic. Here she uses short vignettes to examine the world wide resonances of yet another war in the Middle East, to speak poignantly of how its terrors mix with mundane moments of beauty. This is a moving and complicated work."
-Juliana Spahr, author of This Connection of Everyone with Lungs
« Je dois admettre que j’ai toujours eu une attirance pour les paragraphes, surtout quand ils sont chapeautés par un seul mot. C’est une histoire personnelle. Dans les petites classes de l’école de quartier où j’allais, les journées n’étaient ni mornes ni passionnantes. Elles passaient seulement. C’était une routine interrompue par des récréations, les seuls moments que j’attendais avec impatience. Mais il y eut, pendant quelques années d’affilées, quelque chose de très spécial, d’inoubliable, dont le souvenir ne cesse de me hanter : le devoir de rédaction. Notre maîtresse, une bonne sœur d’école primaire catholique, nous donnait quelques mots, et nous devions écrire une phrase qui les inclurait. Ce plaisir d’écrire que j’avais ressenti intensément constitue une sorte de dépendance qui revient de temps en temps quand je travaille ; je peux attendre des mois ou des années pour que cela se renouvelle et de la même façon. Quand nous devions écrire une phrase à partir d’un mot donné, j’écrivais un paragraphe entier, ou même plus. Je me souviens très précisément de cet état mental, un état de transe. Penchée sur le bureau en bois, ma tête touchant presque la surface, j’alignais des phrases d’un seul jet, hypnotisée. Je recherche toujours des moments comme ceux-là. Cette « plénitude » devait ressembler à celle que les marins ressentent quand ils atteignent le moment passionnant de la vitesse de croisière, quand naviguer devient désir et pure révélation. »
LIEU
Ainsi, j’ai parcouru les mers, et suis venue…
à B…,
une ville du bord de mer, au Liban. Dix sept ans plus tard. Mon absence était l’exil d’un exil. Je fais partie de ces gens qui font toujours ce que quelqu’un d’autre fait… mais quelques semaines avant. Un poisson dans une mer chaude. Pas de maison comme abri mais un lit de maison en maison et des vêtements froissés sur une seule étagère. Je cherche l’amour.
LE TEMPS QU’IL FAIT
A Beyrouth il n’y a qu’une saison et demie. Souvent l’air est immobile. Je me lève le matin et j’ai du mal à respirer. L’hiver est moite. Mes os me font mal. J’ai un voisin qui crache du sang quand enfin il pleut.
MA MAISON
Mon père a construit une maison près de l’école allemande pour que je puisse y aller. L’école a déménagé une fois que le toit était posé. Depuis, cette propriété est louée pour une somme modique. Les lois sont ainsi faites que je ne peux faire partir mes locataires. Ca ne fait rien, j’ai peur des maisons comme des tombes.
UNE PERSONNE
Mon autre voisin (de voisin en voisin je pourrais faire le tour du monde) vend des oiseaux. Et des chats. Un chat siamois est né, il était vraiment siamois : il avait deux têtes, quatre oreilles, deux corps, deux fois quatre pattes, deux queues. Cela fait dix sept ans et demi que mon voisin a un petit singe à vendre. Le magasin se trouve en face d’un journal qui a fait faillite, et dont les fenêtres, depuis, sont scellées.
FILS METALLIQUES
Il y en a peu, et, puisqu’il n’y a pas d’arbres à Beyrouth, les pylônes sont morts, tels des semblants géométriques d’arbres. Des archétypes morts. Quant aux oiseaux, les chasseurs libanais les ont tous abattus. Maintenant ils tuent aussi les oiseaux syriens.
EGLISE
Nous avons des églises, des mosquées, et des synagogues. Toutes vides la nuit sans exception. Le week-end beaucoup de mouches désertent leurs jardins. Les gens y entrent.
MA MAISON
Je devrais plutôt dire mon côté du lit. La moitié d’un lit fait, la nuit, une grande maison. Mes rêves ont le pouvoir d’étendre les surfaces et me font vivre dans les plus belles demeures. Pendant la journée ce n’est pas grave. Il y a tellement de rues, quelques trottoirs qui restent, et oui, le Café Express dans lequel j’évolue, hantée par des souvenirs.
Categorie
Roman
ISBN
9782360860074
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